La pollution de l'air augmente au Canada pendant qu'elle diminue au pays de George Bush!



La production d’électricité par les centrales thermiques au charbon et au mazout est devenue en 2001 la principale source d’émissions atmosphériques toxiques. Source: Newscom


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Telle est l'étonnante révélation contenue dans À l'heure des comptes 2001, le bilan continental de la pollution publié hier par la Commission de coopération environnementale (CCE) de l'ALENA.

Deuxième révélation de taille, la production d'électricité par les centrales thermiques au charbon et au mazout est devenue, en 2001, la principale source d'émissions atmosphériques toxiques d'Amérique du Nord.

Le bilan de la CCE n'inclut pas les rejets des centrales thermiques au gaz naturel, beaucoup moins polluantes que celles au charbon et au mazout. Ce bilan continental, produit à partir des rapport des entreprises, n'inclut pas non plus, jusqu'à nouvel ordre, les émissions de gaz carbonique (CO2), les principaux gaz à effet de serre, parce que ni les États-Unis ni le Canada ou le Mexique ne considèrent encore au plan juridique ces rejets comme des contaminants atmosphériques, même s'ils sont à l'origine du plus important problème environnemental de la planète ! Et le Canada et le Mexique ont pour leur part adhéré au Protocole de Kyoto !

À elles seules, les centrales thermiques ont rejeté, en 2001, près de la moitié de toutes les émissions atmosphériques émises par les 21 254 établissements industriels recensés par les trois gouvernements signataires de l'ALENA, soit 45 % des 755 000 tonnes de toxiques crachés annuellement en l'air. Selon ce huitième bilan annuel de la pollution continentale, 46 des 50 plus importants pollueurs d'Amérique du Nord sont des centrales thermiques. Ces dernières ont déclassé avec leurs rejets d'acide chlorhydrique et d'acide sulfurique les pollueurs traditionnels dans les secteurs de la chimie et de l'industrie lourde.

Les centrales thermiques au charbon et au mazout sont aussi les principales responsables de la contamination des milieux naturels au mercure avec 64 % des 43 384 kg rejetés en 2001.

Globalement, les rejets atmosphériques des 21 254 entreprises polluantes d'Amérique du Nord ont diminué de 18 % entre 2000 et 2001, un progrès deux fois moins élevé dans le cas des centrales thermiques. Cependant, cette amélioration globale masque la fort mauvaise performance du Canada dont les rejets globaux ont augmenté de 3 % alors que ceux des États-Unis diminuaient en 2001 de 20 % ! Aucune explication n'a été fournie hier par Ottawa.

Selon le rapport de la CCE, la hausse enregistrée au Canada est principalement attribuable aux rejets de l'industrie du papier, qui se targuait jusqu'à présent d'être une des plus performantes de la planète en matière de pollution. Le secteur des produits du papier arrive d'ailleurs en tête pour l'importance de ses rejets entre 1998 et 2001. Il a haussé ses rejets globaux de 5 % au cours de cette période. Selon les rapports des entreprises, les hausses sont attribuables à des changements dans la méthode d'évaluation des émissions ou à des hausses des volumes de production. Un certain nombre d'établissements qui ont produit des rapports en 2001 n'apparaissaient pas au bilan de 1998, ce qui hausse aussi le bilan de ce secteur industriel.

L'Ontario s'est retrouvée, en 2001, en tête des provinces et États pollueurs d'Amérique du Nord, avec la Caroline du Nord et l'Ohio, en raison de ses rejets atmosphériques, dont l'essentiel aboutit au Québec.

En Ontario aussi, les centrales thermiques au charbon sont responsables de la majeure partie des émissions polluantes. Une seule centrale ontarienne, celle de Nanticoke, appartenant à l'Ontario Power Generation (OPG), a émis à elle seule 10 % de toutes les émissions atmosphériques toxiques au Canada. Elle arrive aussi au deuxième rang au Canada pour les rejets atmosphériques de mercure. La première source en importance est une centrale albertaine, celle de Sundance, de TransAlta Corp, à Duffield.

Assez ironiquement, la CCE a annoncé hier qu'elle rejetait la plainte de groupes environnementaux qui alléguaient qu'Ottawa n'applique pas ses lois de l'environnement et celle des pêcheries aux centrales thermiques au charbon de l'Ontario Power Generation (OPG), afin d'en limiter les émissions de mercure, de dioxyde de soufre et d'oxydes d'azote. Ottawa s'est défendu en disant que l'Ontario s'occupait du problème et que s'il y avait pollution transfrontalière en direction des États-Unis, la loi fédérale ne force pas l'intervention fédérale dans le cas des émissions polluantes atmosphériques. Pas un mot dans le plaidoyer fédéral sur le problème de pollution transfrontalier qu'imposent au Québec les rejets des producteurs thermiques ontariens. Ottawa a fait valoir qu'il s'affaire à élaborer, pour 2005, une norme sur les émissions de mercure des centrales thermiques au charbon et au mazout.

Les rejets de mercure des centrales thermiques au charbon sont aggravés par la présence de «clauses grand-père» dans le Clean Air Act des États-Unis. Ces dispositions permettent aux vieilles centrales de fonctionner sans norme de rejet tant qu'elles ne sont pas rénovées. L'administration Bush a élargi cette entorse à la loi en autorisant la modernisation partielle des vieilles centrales pour augmenter leur production sans leur imposer les normes de rejets applicables aux nouveaux établissements.

Le Département d'État américain à l'énergie prévoit l'ajout de 96 GW d'électricité produite au charbon d'ici 2025, soit l'équivalent de 192 nouvelles centrales au charbon de 500 MW. En 2011, ces centrales devraient fournir 40 % de l'électricité produite aux États-Unis. Même le Canada prévoit aller dans cette direction, avec l'ajout de cinq nouvelles centrales au charbon d'ici 2006, toutes construites en Alberta.

À l'échelle continentale, les rejets de mercure ont diminué de 48 % entre 2000 et 2001. Aux États-Unis, globalement, on enregistrait une réduction de 273 000 kg. Au Canada, c'est au Québec qu'a été enregistrée la hausse la plus importante de rejets. Elle est attribuable à la société Stablex de Blainville, dont les rejets dans ses cellules d'enfouissement sont passé de 5000 kg en l'an 2000 à 12 000 kg en l'an 2001.

Pour les produits cancérigènes, soit principalement le styrène et le dichlorométhane, l'essentiel des rejets, soit 70 %, provient cette fois de secteurs différents, soit ceux du caoutchouc et de la fabrication des plastiques.

Source : Le Devoir - 3 juin 2004